VIOLET GROHL – Be Sweet To Me – (Polydor)

Il aurait été si facile de ne voir en Violet Grohl qu’un nom de famille célèbre. Le genre de raccourci dont le rock raffole avant de s’empresser de le démonter. “Be Sweet To Me“ s’en charge avec une belle assurance. Dès les premières mesures, la jeune Américaine trace sa propre ligne de fuite pour échapper à une filiation trop encombrante, même si – et ce n’est en aucun cas un reproche – les chiens ne font pas des chats. Les années 90 rôdent dans les parages, mais elles ne pèsent jamais comme une relique à exhiber. Elles servent de langage commun, pas de refuge. Sous la houlette de Justin Raisen et Anthony Paul Lopez, le disque mêle grunge éthéré et indie-rock mélancolique avec une fluidité qui évite le piège du pastiche.

La vraie réussite de “Be Sweet To Me“ réside dans sa tenue d’ensemble. En un peu plus de trente-deux minutes, Violet Grohl installe un climat où des guitares bien charpentées côtoient des mélodies aériennes, où la lumière semble constamment filtrée par un voile d’inquiétude. Sa voix ne cherche jamais l’effet, elle avance à pas feutrés, laissant les chansons respirer et les émotions affleurer sans les souligner au marqueur. Derrière les références assumées à PJ Harvey, The Breeders, ou encore Veruca Salt, se dessine déjà une identité capable de faire dialoguer rage contenue et fragilité sans pour autant sonner fabriquée.

“Be Sweet To Me“ n’est pas le genre de premier album qui veut prouver quelque chose à tout prix. Il préfère suggérer. Certes, quelques idées auraient gagné à être davantage développées (ou mieux exploitées), mais cette forme de retenue nourrit aussi son charme. Sans réinventer le rock alternatif, Violet Grohl rappelle qu’il peut encore émouvoir lorsqu’il abandonne les poses pour retrouver une sincérité presque désarmante. Une entrée en matière réussie qui vaut bien plus qu’un simple héritage.