TRAINFANTOME – Constant Farewells – (Howlin’ Banana Records/Influenza Records)

Trainfantome semble prendre un malin plaisir à mettre du verre pilé dans ses morceaux. Avec “Constant Farewells“, le groupe breton pousse encore plus loin cette science du contraste grâce à des mélodies immédiatement addictives plongées dans un bain d’acide, des refrains qui brillent au milieu d’un chahut sonore plus savamment organisé qu’il n’y parait. Mené par Olivier Le Tohic (chanteur, guitariste et architecte sonore du projet), le quatuor réalise ici son disque le plus ambitieux, le plus captivant également.

Là où “Thirst“, le précédent long format des protagonistes, flirtait encore avec un certain romantisme shoegaze hérité de My Bloody Valentine, ce nouvel album préfère explorer les lendemains gris et les nuits sans sommeil. Les guitares crissent, débordent, avant d’exploser dans des décharges aux sonorités quasi grunge, ce qui n’empêche nullement Trainfantome de garder intact son instinct mélodique. C’est même là toute la force du présent disque, à savoir ne pas sombrer dans une mélancolie trop évidente en privilégiant une énergie communicative à souhait.

Dès Avoider, le groupe installe une tension émotionnelle permanente qui ne quitte jamais vraiment l’album. Here The Mermaids Play, porté par la frappe de Kellii Scott, batteur de Failure, avance comme un morceau joué au bord du vide, suspendu entre apesanteur et effondrement. Mais c’est surtout l’équilibre général de “Constant Farewells“ qui impressionne surtout en premier lieu. Derrière la saturation, souvent conséquente, les morceaux gardent une solide ossature indie-rock, parfois pop aux entournures (Bleeding At The Door, Origami, My Lips Taste Like The Ocean, magnifique et touchante conclusion).

Comme une collision improbable entre Radiohead (Silhouettes, le très électro Red Herring), les rêveries cosmiques de Narrow Head et les embruns d’une Bretagne en pleine période de grandes marées, “Constant Farewells“ marque un cap dans la carrière des quatre musiciens. Trainfantome n’est plus simplement un secret bien gardé de la scène française, c’est désormais un groupe dont l’identité artistique affirmée lui permet de rêver plus grand.