DELIVERANCE – The Voyager Golden Banquet – (Les Acteurs de l’Ombre Productions)

Deliverance n’a jamais été un groupe qui jouait la sécurité. Depuis ses débuts en 2013, le quatuor parisien avance comme un vaisseau lancé hors trajectoire, repoussant disque après disque les frontières de son propre univers chaotique. Mais avec “The Voyager Golden Banquet“, il atteint une autre dimension via un album aussi massif qu’hypnotique.

Hellisual lance sournoisement les débats, histoire de faire comprendre que ce voyage cosmique ne sera pas une promenade de santé. Nappe d’orgue maléfique en intro, guitares épaisses, un chant qui semble surgir du vide spatial et cette sensation permanente de dérive contrôlée : Deliverance construit ici un monde autant qu’un disque. Là où “Neon Chaos in a Junk-Sick Dawn“ se voulait frontal, “The Voyager Golden Banquet“ préfère l’immersion lente, presque cinématographique. Le sludge (essentiellement), le black-metal par instants et des synthés qu’on jurerait sortis tout droit des années 70 s’y entrechoquent dans une expérience sonore qui évoque autant une bande originale de science-fiction hallucinée qu’une descente aux enfers.

Le plus impressionnant reste cette manière qu’a le groupe de manipuler les contrastes. Certains titres avancent comme des machines de guerre, alimentées par des riffs à la redoutable compacité et une batterie martiale (Chasing The Dragon, Ground Zero), avant de laisser surgir des respirations inattendues (le final de Turn On, Tune In, Drop Out). D’autres flirtent sans gêne avec des ambiances empruntées au rock progressif (Headspace Collapse), comme si le spectre de Pink Floyd traversait soudain un trou noir saturé de distorsion.

En guise de conclusion, The Banquet Part I et son double, diptyque final monumental qui résume toute l’ambition du disque. Deliverance y alterne avec brio tensions, passages planants et explosions cathartiques sans jamais perdre le fil. Rarement le groupe n’avait autant travaillé la dynamique de ses morceaux. Rarement aussi il avait semblé aussi libre.

Dense, labyrinthique et parfois volontairement dérangeant, “The Voyager Golden Banquet“ demande de l’attention et une certaine envie de lâcher prise. Mais ceux qui accepteront le voyage découvriront l’un des albums français les plus captivants de l’année. Un long format qui regarde autant vers les étoiles que vers les zones les plus sombres de l’esprit humain. Attention, le retour sur la terre ferme peut être déstabilisant.