Messalina n’est pas de ces groupes calibrés pour les algorithmes, les playlists sponsorisées ou les campagnes de teasing à rallonge. Le quatuor azuréen avance autrement, dans l’ombre, les amplis saturés et les tripes à vif. Avec “Golden Wounds“, premier EP brûlant venu de la Baie des Anges, Messalina transforme ses cicatrices en matière sonore et fait souffler un vent noir sur le rock hexagonal.
Dès les premières secondes du titre éponyme en ouverture, l’atmosphère se referme comme un ciel d’orage. Guitares en apesanteur, batterie au fond du temps, chant habité, quelque part entre le côté sombre de Hangman’s Chair et le versant aérien de Deftones. Puis arrive No Color, sans doute le point culminant du présent disque. Avec la participation de Tim De Gieter (ex-Amenra, désormais chanteur/bassiste de Doodseskader), le morceau pousse encore plus loin cette sensation de vertige émotionnel. Entre post-grunge malade et poussée fiévreuse d’un rock définitivement sombre, Messalina y trouve son terrain de jeu idéal, celui d’une rage – plus ou moins – contenue parfaitement maîtrisée.
La vraie force de “Golden Wounds“ réside dans cet équilibre fragile entre agressivité et mélodie. Messalina sait écraser l’auditeur sous des riffs lourds avant de laisser apparaître des lignes quasi aériennes, comme des éclats de lumière dans un tunnel de béton sans fin. Cold As Before ralentit le tempo pour mieux installer une tension oppressante. Les guitares semblent flotter dans un état second tandis que la batterie maintient un rythme mécanique, froid et obstiné, tel un cœur qui refuse de lâcher.
Plus loin, A Cross, petite pépite noirâtre dont le refrain reste collé aux neurones longtemps après, fait l’effet d’une mélancolie diffuse, un goût amer dans la bouche. Il y est question d’amour comme d’une forme de sacrifice, de dépendance affective, de corps et d’esprits marqués au fer rouge. Sur le papier, l’exercice pourrait sombrer dans un romantisme gothique caricatural. Que nenni. Ici, tout paraît vécu et sacrément viscéral.
En six titres, Messalina réussit quelque chose de précieux, surtout pour un premier EP, à savoir créer un univers. Un vrai. Le sien, cohérent et bouillonnant. Pas un exercice de style, mais une plongée dans des zones émotionnelles accidentées où le rock redevient menaçant, sensuel et profondément humain. Une entrée en matière sombre, élégante à sa manière, et intensément habitée. Et une belle claque aussi.

