Avec “Green Screens“, Dust Lovers ne se contente pas de changer de cap, il reprogramme entièrement son ADN. Le groupe nantais, jusqu’ici défenseur d’un heavy-rock aux accents parfois stoner, range à la cave les amplis poussiéreux pour brancher ses nerfs à une matrice plus dans l’air du temps, que l’on qualifiera hâtivement de post-punk. Les guitares n’ont pas disparu, mais elles mutent et se fondent désormais dans une architecture plus électronique mais résolument vivante, autrement dit loin de toute froideur désincarnée.
Dès les premiers morceaux, l’impulsion est claire : beats mécaniques, synthés et tension permanente. On pense de temps à autre à la noirceur méthodique de Nine Inch Nails (Dancing In Slow Motion) ou à l’énergie déviante de Devo (Green Screens, Leave Me Alone), sans pour autant que les protagonistes tombent dans la citation trop évidente. Derrière ce groove général souvent robotique, il y a de l’humain, une indéniable niaque communicative, et surtout un regard acéré sur l’époque, entre hyperconnexion, surveillance diffuse et anxiété numérique.
Là où l’album capte vraiment l’attention, c’est dans sa manière de jouer avec la répétition. Les morceaux tournent, insistent, s’enferment parfois volontairement dans leurs propres boucles, comme pour mieux refléter l’aliénation qu’ils racontent. Puis soudain, une brèche s’ouvre avec une basse qui donne des fourmis dans les jambes, une voix qui se tend, un refrain qui accroche (Yes Life). Et tout prend sens. Ce tiraillement constant entre contrôle et débordement donne au disque sa vraie dynamique.
“Green Screens“ a le mérite des disques qui prennent des risques. En redéfinissant son terrain de jeu, Dust Lovers s’aventure dans une zone plus contemporaine, où le rock se frotte aux machines sans perdre son instinct. Une mue audacieuse, mais aussi terriblement excitante pour la suite.

