FAILURE – Location Lost – (Failure Records/Arduous Records)

Il y a des groupes qui ont choisi – à tort ou à raison – de vivre sur leurs vestiges. Failure préfère les dynamiter régulièrement pour reconstruire ailleurs. Depuis son improbable retour au milieu des années 2010, le trio californien n’a jamais joué la carte du simple come-back confortable. “Location Lost“, septième album studio et quatrième depuis la reformation matérialisée par “The Heart Is A Monster“ (2015), en apporte une nouvelle preuve. Plutôt que de capitaliser sur l’immense et définitivement culte “Fantastic Planet“ (1996), Ken Andrews, Greg Edwards et Kelli Scott continuent d’avancer en terrain mouvant.

Lorsque la première écoute du présent long format s’achève, on se dit que ce dernier brouille sacrément les pistes. On retrouve bien ce sens unique pour pondre des riffs alambiqués, ces basses rampantes et cette manière de faire cohabiter certains codes du post-hardcore avec des mélodies en apesanteur. Mais quelque chose a changé, c’est indéniable. “Location Lost“ semble moins soucieux question cohérence que ses prédécesseurs, plus instinctif, plus éclaté aussi. Des morceaux directs croisent des ambiances empruntées à l’âge d’or de la new-wave (Crash Test Delayed, A Way Down), des cassures presque volontairement impromptues. Deux magnifiques et poignantes ballades (The Rising Skyline, Moonlight Understand) viennent même fissurer l’armure habituelle du trio, dévoilant une vulnérabilité rare dans une discographie souvent plus cérébrale qu’émotive. Failure n’a sans doute jamais sonné aussi libre et compose comme on expérimente en laboratoire : sans plan fixe, sans pression commerciale, avec l’envie intacte de privilégier l’incertitude, le risque, plutôt que le confort du passé.

Tout n’est pas immédiatement mémorisable et “Location Lost“ demandera plusieurs écoutes avant de livrer ses secrets. Mais cette résistance est aussi sa qualité première. On n’entre pas ici dans un produit calibré, mais dans un disque vivant, parfois bancal, souvent brillant, qui refuse la gratification instantanée.

À plus de trente ans de carrière, Failure n’essaie plus d’être pertinent. Le trio de Los Angeles l’est naturellement, parce qu’il continue de créer sans filet. “Location Lost“ n’a peut-être pas la même puissance iconique – quoique – de certains classiques des protagonistes, mais il possède mieux : la curiosité intacte d’un groupe qui n’a toujours pas fini de muter.