Depuis ses débuts en 2013 à Denver, Abrams avance sans bruit mais avec une constance remarquable. Disque après disque, le quatuor américain a affiné une identité singulière, bâtie sur les fondations du post-hardcore le plus noble (Cave In et Quicksand en têtes de liste), tout en laissant entrer d’autres nuances au fil du temps : les élans mélodiques du premier Biffy Clyro, la grâce suspendue et atmosphérique des Deftones. Une alchimie rare, jamais forcée, toujours organique.
Déjà auteur d’un splendide “In The Dark“ en 2022, le groupe franchit aujourd’hui un nouveau cap avec “Blue City“, cinquième album enregistré au GodCity Studio sous la houlette de Kurt Ballou (Converge), dont la patte continue de magnifier les formations capables d’allier puissance et finesse. Abrams appartient clairement à cette catégorie.
Car “Blue City“ impressionne d’abord par son équilibre. Entre tension et apaisement, éclats lumineux et zones plus troubles, Abrams déroule des compositions ambitieuses aux structures mouvantes, sans jamais perdre le fil émotionnel. Les guitares dressent de véritables murailles avant de se retirer avec élégance, laissant respirer des passages plus aériens. Derrière, la section rythmique se montre souple, inventive, capable d’accompagner chaque virage avec une précision redoutable.
Mais au-delà de l’aspect purement technique, c’est surtout la force d’écriture qui retient l’attention. Abrams sait convoquer des sentiments contradictoires, jouer sur les contrastes, faire naître la mélancolie comme l’urgence, sans jamais sacrifier la cohérence de l’ensemble. Peu de groupes parviennent à ce niveau d’intensité tout en conservant une telle lisibilité.
Avec “Blue City“, Abrams réalise un disque à la fois majestueux et immédiat, dense sans être opaque. Un album qui confirme définitivement la stature d’une formation encore trop discrète, et qui s’impose sans difficulté parmi les grandes réussites de l’année 2024.

