Avec “Forever Loaded“, The Lords Of Altamont ne cherchent en rien à jouer la carte du virage artistique ni celle du lifting tardif. Huit albums studio au compteur et toujours cette même foi intacte dans un garage-rock qui sent la bière éventée et la chaleur des amplis poussés dans leurs derniers retranchements (comprenez jusqu’à onze), exactement là où le rock redevient dangereux. Le disque avance comme un vieux bolide rafistolé : ça vibre, ça grince, mais ça tient la route. Et surtout, ça vit.
Parties d’orgue dégoulinantes, guitares crasseuses, rythmiques qui colle aux semelles. Jake Cavaliere et sa bande préfèrent la rugosité à la brillance, l’accroc à la perfection. Ici, on ne produit pas pour produire, on façonne à l’ancienne. On capte l’énergie du live, brute, sans filtre. Et même enregistré aux quatre coins du monde, l’album garde une solide unité, comme un rituel païen dédié aux racines les plus primaires du rock.
L’ombre de The Stooges plane, celle du MC5 aussi, mais sans jamais tomber dans la redite servile. Il y a chez ces seigneurs du garage cette élégance du sale, cette manière d’assumer le cliché pour mieux le transcender. Parce qu’au fond, “Forever Loaded“ ne cherche pas à réinventer quoi que ce soit, il rappelle juste pourquoi le rock est indémodable. Dix titres, pas un de trop, qui avancent comme une bécane lancée à pleine vitesse, sans jamais regarder dans le rétro.
À l’heure des productions sans saveur sous cellophane, “Forever Loaded“ fait l’effet d’une gifle bien sentie. Du bruit, de la sueur, du nerf. Rien de neuf à l’horizon, certes, mais comme dirait l’autre : I know it’s only rock’n’roll, but we like it.

