BITTER BRANCHES – Let’s Give The Land Back To The Animals – (Equal Vision)

Avec “Your Neighbors Are Failures“, Bitter Branches avait déjà prouvé qu’il ne s’agissait pas d’un simple rassemblement de vétérans venus rejouer leurs anciennes gloires (on y retrouve des fidèles serviteurs de la scène punk-hardcore des 90’s ayant servi au sein de Calvary, Deadguy, Lifetime, Lighten Up, Kiss It Goodbye, No Escape, Paint It Black ou encore Walleye). Le groupe posait les bases d’un projet sous haute tension, bien plus intéressé par l’instant présent que par la nostalgie. Sur “Let’s Give The Land Back To The Animals“, la formation de Philadelphie transforme l’essai et affirme une identité beaucoup plus nette.

Dès les premières secondes de Rat Poison, le ton est donné. Les guitares grincent comme des plaques de métal qu’on frotte l’une contre l’autre, la rythmique avance lourdement, et chaque morceau semble vaciller au bord de la rupture. Cette instabilité permanente devient la véritable colonne vertébrale du disque. Au lieu de plonger dans le chaos total, Bitter Branches préfère maintenir une tension sourde qui serre l’auditeur à la gorge du début à la fin. À la production, J. Robbins (Government Issue, Jawbox, Burning Airlines, Channels…) capture cette énergie brute avec une approche sèche et dépouillée, laissant toute la place aux angles tranchants des riffs et à l’impact direct de la paire basse-batterie. Difficile de ne pas penser à l’héritage de The Jesus Lizard, mais passé à travers le prisme de musiciens rompus aux codes du noise-rock, capables de maintenir la pression sans jamais forcer le trait.

Au centre de ce dispositif, Tim Singer reste l’élément le plus imprévisible. Sa voix, abrasive et nerveuse, oscille entre sarcasme et rage contenue. Il y déverse une colère lucide, nourrie par la désillusion politique, l’angoisse écologique et un profond rejet des mécaniques du capitalisme moderne. Ses textes ne cherchent pas la poésie, ils frappent comme des constats, presque des avertissements.

La véritable réussite de “Let’s Give The Land Back To The Animals“ tient finalement à sa maîtrise. Bitter Branches sait que la puissance réside dans une certaine retenue, dans cette façon de laisser la pression monter jusqu’à devenir presque étouffante. Un disque rugueux, tendu à souhait, et une véritable leçon en la matière.