Projet solo de Greg Kubacki, guitariste et tête chercheuse rythmique chez les mathcoreux de Car Bomb (le public français a pu le découvrir à la six-cordes en soutien de Joe Duplantier, blessé à la main, lors de la tournée hivernale de Gojira fin 2025), Sun Guts déboule sans prévenir avec “Kilonova“, premier album instrumental dense et organique, où la science du riff rencontre une forme de vertige cosmique.
Car “Kilonova“ porte bien son nom. Le titre évoque l’explosion cosmique née de la collision de deux étoiles à neutrons. La musique, elle, agit de la même manière : dense, lumineuse, traversée d’ondes gravitationnelles qui déforment tout sur leur passage. On pense à une collision entre un post-metal futuriste et un djent expérimental, avec ce goût pour les métriques mouvantes, pour ne pas dire complètement barrées, des polyrythmies qui donnent sacrément le tournis et maintiennent l’auditeur en suspension. Les amateurs de mesures impaires et de syncopes alambiquées auront de quoi décortiquer.
Chaque morceau avance comme une masse en fusion jouant sur les contrastes : saturation épaisse contre respirations plus posées (elles ne sont pas légion, il faut l’avouer), rythmiques martiales contre dérives cosmiques. Les riffs se superposent, deviennent matière, comme des plaques tectoniques en mouvement. Le résultat final n’est assurément pas à la portée de toutes les oreilles non averties, mais diablement captivant pour ceux et celles qui prendront le temps de visiter ce véritable laboratoire sonore où chaque fréquence est passée au scalpel.
Avec ce premier jet de Sun Guts, Greg Kubacki ne cherche ni l’ombre ni la lumière de son groupe d’origine. Il trace une orbite parallèle, logiquement plus introspective (projet solo oblige), mais tout aussi exigeante, délimitant ainsi un terrain personnel d’expérimentations où il déconstruit ses propres automatismes de guitariste pour explorer d’autres formes d’intensité. Un album exigeant, parfois déroutant, mais fascinant dans sa capacité à transformer la virtuosité en quelque chose de quasi corporel.

