Dans le grand cimetière des groupes que l’on croyait définitivement rangés dans la catégorie « souvenirs », Piebald occupait une place de choix. Formé à Boston au milieu des années 90, le quatuor avait laissé derrière lui une poignée d’albums devenus cultes pour toute une génération nourrie à l’emo avant que le terme ne soit galvaudé. Alors forcément, l’annonce de “Tales For The Rages“ pouvait faire craindre un retour emprunt d’une nostalgie trop présente, pour ne pas dire envahissante. Raté.
Ce disque n’est pas un regard tourné vers le passé, mais la suite logique d’une histoire brutalement interrompue. Écrit sur plusieurs années – plus précisément entre 2019 et 2025 – après la reformation du groupe (2016), l’album retrouve cette alchimie entre un emo fougueux, un indie-rock lumineux et un sens de l’autodérision qui a toujours distingué Piebald de ses contemporains et sert ici de contrepoint à une écriture plus mature.
Dès Still On The Couch, Piebald affiche une vitalité qui ferait rougir bien des groupes ayant vingt ans de moins au compteur. Les guitares crunchent comme à la grande époque, les rythmiques cavalent et les mélodies s’accrochent avec cette évidence désarmante qui a toujours constitué la marque de fabrique du groupe. Plus loin, This Thing Is Old, Gentlemen Callers, Power Smile ou encore No One Seems To Mind rappellent pourquoi le quatuor américain a longtemps été considéré comme le chaînon manquant entre l’urgence du punk-rock et la sensibilité mélodique de l’indie-rock.
Servi par une production ample et chaleureuse, “Tales For The Rages“ réussit le tour de force de sonner immédiatement familier sans jamais donner l’impression de recycler le passé. Plus qu’un come-back, c’est la preuve qu’une histoire laissée en suspens peut parfois reprendre exactement là où elle devait continuer. Piebald ne rejoue pas ses classiques, il écrit ici un nouveau chapitre. Et il est sacrément réussi.

