Les Anglais de The Shits ne sont pas du genre à prendre des pincettes. “Diet Of Worms“ cogne d’entrée, sans filtre ni faux-semblants, et s’inscrit avec panache dans une lignée so british où le chaos devient un langage à part entière, quelque part entre tensions punk et dérapages noise-rock.
The Shits est clairement là pour mettre le feu et ne se prive pas pour arriver à ses fins. Les guitares dégoulinent de larsen, la rythmique cogne sec, et le chant semble avoir été enregistré dans une cave rongée par la moisissure. Pourtant, derrière cette apparente saturation permanente, le groupe évite l’écueil du mur uniforme. Il y a du mouvement dans ce troisième long format, une forme de groove poisseux qui affleure, rappelant par instants l’héritage déglingué de The Stooges, version lendemain de cuite dans une zone industrielle.
Mais réduire l’ensemble à un simple défouloir serait passer à côté de sa mécanique interne. Les morceaux vivent, respirent, se tendent jusqu’à la rupture avant de s’effondrer dans un fracas parfaitement orchestré. Une dynamique qui évoque autant la nervosité d’Idles que l’approche expérimentale de Gilla Band, voire la rock’n’roll attitude crasseuse de PigsX7 (compatriotes et copains de chambrée chez Rocket Recordings) en moins stoner, sans jamais vraiment s’y confondre.
Âpre et instinctif, “Diet Of Worms“ donne l’impression d’une dérive nocturne étouffante, où chaque titre pousse un peu plus loin la perte de repères. Et dans ce désordre contrôlé, surgissent parfois des refrains tordus, presque accrocheurs à leur manière, comme des anomalies dans le bruit. Un rock irrévérencieux qui ne demande pas forcément à être aimé de suite, seulement à être encaissé pour l’apprécier à sa juste valeur.

