À deux, on peut donc faire sacrément trembler les murs. Formé par les frères Conner et Chris Poole après la dissolution de The Swell Fellas, Materializer aurait pu pâtir de l’absence de bassiste. C’est tout l’inverse. “As The Body Flies“ affiche une épaisseur qui ne laisse jamais deviner qu’il manque un troisième larron. Guitare et batterie s’imbriquent, se répondent et saturent l’espace avec une redoutable efficacité, tandis que les voix ajoutent une dimension nettement plus aérienne à ce stoner décomplexé, lourd et volontairement psychédélique.
Mais réduire ce premier album à une simple démonstration de puissance serait passer à côté de son intérêt et de ce qu’il cache quand on gratte la couche compacte de saturation. Materializer aime brouiller les pistes, étirer les structures, jouer sur les tensions et les ruptures de dynamique, jusqu’à flirter avec le drone, la dissonance et l’expérimentation. Quelque part entre Elephant Tree et Mount Desert, avec quelques saillies noisy en plus, le duo de Nashville cultive ainsi un heavy-rock aussi massif qu’atmosphérique, aventureux à bien des égards dans l’approche globale, capable de passer du rouleau compresseur à la contemplation sans perdre son fil conducteur. Une entrée en matière ambitieuse, dense et franchement convaincante.

