Neuf ans après “Eternal Rituals For The Accretion Of Light“, on pouvait légitimement se demander si Junius avait encore quelque chose à dire sur la durée d’un long format. La réponse est un oui franc. Sans grandement bouleverser les fondations d’un univers qu’il façonne depuis plus de vingt ans, le quintette de Boston affine encore son identité et se fend sans doute de son album le plus abouti.
Toujours à la croisée du post-metal et d’un rock résolument atmosphérique, “Sotera“ délaisse les démonstrations de force au profit d’une écriture tout en nuances, qui privilégie la cohérence aux effets de manche. Les guitares alternent murs de son et arpèges cristallins avec un sens marqué du relief, tandis que la production met parfaitement en valeur les multiples textures qui irriguent ces compositions. Quant à Joseph E. Martinez, il confirme qu’il reste l’un des chanteurs les plus singuliers de cette scène, capable d’alterner fragilité et intensité sans jamais forcer le trait.
The Oracle, Initiatrix, ou le puissant Scythian en guise de conclusion épique, illustrent parfaitement cette science du crescendo que Junius maîtrise mieux que jamais. Ici, chaque montée en puissance est pensée, chaque accalmie a son utilité et chaque mélodie trouve naturellement sa place. Les amateurs d’Isis, de The Ocean ou des passages les plus éthérés de Deftones y retrouveront cette même capacité à concilier lourdeur et émotion.
Plus qu’un simple retour, “Sotera“ rappelle surtout que Junius occupe une place à part dans le paysage post-metal. Loin des modes, le combo américain continue d’avancer à son rythme et réalise un disque d’une maturité impressionnante, qui récompense largement neuf années d’attente.

