Six ans de silence discographique, dans le monde d’All Them Witches, c’est presque une éternité. Entre un changement de batteur et l’impression que le groupe avait déjà exploré tous les recoins de son univers psychédélique, certains pouvaient légitimement se demander ce qu’il restait à raconter. La réponse se trouve dans “House Of Mirrors“, un septième album qui ne cherche ni la révolution ni la nostalgie.
Si le précédent long format ,“Nothing As The Ideal“, s’abandonnait volontiers aux longues transes électriques et aux montées en puissance labyrinthiques, “House Of Mirrors“ préfère avancer avec davantage de concision. Le quatuor y décline des morceaux aux formats globalement plus directs, sans pour autant perdre – complètement – cette capacité à suspendre le temps ou à jouer avec les contrastes.
Le magnifique – et très « doorsien » dans l’esprit – Red Rocking Chair en ouverture ou le final de Culling Line s’appuient sur des riffs denses et organiques, tandis que Go-Getter, Starting Line et The Welterweight ouvrent des espaces plus aérés, dans un répertoire habituellement baigné de pénombre. Au centre de cette alchimie, la guitare de Ben McLeod demeure un guide précieux, dessinant des paysages mouvants sur lesquels la voix de Michael Parks Jr. erre comme un narrateur perdu entre révélation mystique et confession intime.
Avec ce nouvel effort, All Them Witches a sans doute voulu éviter le piège de l’auto-citation. Les racines blues sont intactes et le psychédélisme, certes en retrait ici, toujours vaporeux, mais l’ensemble sonne plus mûr, plus serein. Certains regretteront sans doute les détours imprévisibles des premiers albums. D’autres entendront un groupe qui a appris à faire confiance à ses chansons plutôt qu’à leurs ornements.
“House Of Mirrors“ n’est assurément pas l’album le plus aventureux d’All Them Witches. C’est avant tout un disque cohérent, élégant et immersif, qui confirme que les sorciers de Nashville continuent d’avancer à leur propre rythme, loin des modes comme des attentes. Reste à savoir si les fans de la première heure suivront le quatuor dans son envie de faire évoluer sa musique.

