Il existe des groupes dont la carrière semble moins motivée par la nostalgie que par un besoin viscéral de poursuivre une conversation entrecoupée de quelques pauses plus ou moins longues, ce qui est définitivement le cas de Sparta. Vingt-cinq ans après avoir émergé des cendres de At The Drive-In (plus précisément suite à la première séparation du combo d’El Paso), la formation menée par Jim Ward revient avec “Cut A Silhouette“, un disque produit avec précision par J. Robbins (frontman légendaire de Government Issue, Jawbox, Burning Airlines…), qui refuse autant l’exercice du revival que celui de la réinvention forcée.
Ce qui frappe surtout, c’est la maturité du trio qui n’a plus rien à prouver. Chaque titre semble guidé par la recherche de l’émotion juste et le soucis du détail quant aux arrangements, plutôt que de donner dans l’esbroufe sonore. Cette retenue confère à l’album une force particulière, même si on peut parfois un brin regretter que les protagonistes n’aient pas lâché les chevaux de temps à autre. La voix de Ward conserve cette fragilité caractéristique qui donne aux morceaux leur profondeur. Sparta n’a jamais été le plus spectaculaire des groupes issus du post-hardcore américain, mais sans doute l’un des plus humains.
Sans révolutionner sa discographie, Sparta rappelle pourquoi il demeure un groupe à part dans le paysage rock américain, capable de conjuguer mélodies et vulnérabilité avec une élégance devenue rare. Un sixième album nuancé et sincère, qui regarde devant sans oublier d’où il vient.

