MONOLORD – Neverending – (Relapse Records)

Depuis sa création en 2013, Monolord s’est imposé comme l’un des piliers du doom contemporain, avec cette capacité à rendre la lenteur presque organique. Si beaucoup de formations affiliées à ce genre se contentent de reproduire régulièrement leur formule jusqu’à l’épuisement, les Suédois choisissent aujourd’hui de faire évoluer leur magma sonore. “Neverending“, premier album du trio depuis cinq ans (et l’excellent “Your Time To Shine“), n’est pas spécialement une révolution spectaculaire, mais un déplacement subtil des plaques tectoniques. Et c’est sans nul doute ce qui le rend aussi captivant qu’attachant.

Produit par la légendaire Sylvia Massy (Life Of Agony, Turbonegro, God Damn, Johnny Cash…), le disque gagne en relief sans perdre ce qui fait l’ADN du groupe, à savoir ces riffs pachydermiques, cette basse qui ronfle comme un moteur diesel et cette sensation permanente d’être aspiré dans une transe enfumée. Sauf qu’ici, Monolord resserre l’écriture. Les morceaux dépassent rarement les formats interminables auxquels le groupe nous avait habitués, privilégiant une approche plus directe. Une volonté assumée par les protagonistes, qui évoquent un album « moins doom » et davantage ouvert à d’autres textures.

Iodine donne immédiatement le ton avec ses harmonies et ses lignes mélodiques évoquant les grandes heures des seventies (on retrouve également cette approche un peu plus loin dans The Masque), tandis que You Bastard avance sur un groove massif et mélancolique, porté par des paroles bien plus personnelles qu’à l’accoutumée. Là où les anciens albums regardaient souvent vers l’abstraction mystique, “Neverending“ parle davantage de relations humaines, de perte et d’usure émotionnelle. Mais que les fans se rassurent, Monolord n’a aucunement perdu en chemin son doom avec pour preuve ultime le très beau Inside a Collider, qui étale son ambiance vaporeuse sur plus de huit minutes.

Mais le véritable point culminant du présent long format vient du morceau-titre en guise de conclusion. “It’s Neverending”, avec les growls de Jörgen Sandström (Entombed, Grave), ouvre une porte surprenante vers un death/doom écrasant et presque malsain. Un choix qui aurait pu sembler forcé, mais qui fonctionne parfaitement tant le titre reste au service de l’atmosphère générale.

Moins monolithique qu’avant, plus nuancé mais toujours aussi lourd (“Your Time To Shine“ avait plus ou moins déjà annoncé la couleur), “Neverending“ montre surtout un groupe suffisamment intelligent pour comprendre qu’évoluer ne signifie pas se trahir. Monolord continue d’avancer au ralenti, mais avance encore, et toujours avec cette diablerie de signature sonore. Et vu le résultat, personne ne s’en plaindra.