ST. NEGUS – Shanghai, second extrait du futur EP

Avec son regard perçant et sa présence quasi mystique, Nagui Mehany intrigue d’emblée avant même d’avoir aligné un seul riff. Derrière le nom de St. Negus – un nom qui fait référence à la majesté impériale éthiopienne du Négus, « Roi des Rois », auquel s’ajoute la dimension spirituelle de Saint – se dessine un projet solo aussi ambitieux qu’introspectif. Musicien de scène avant tout, notre homme cumule plus de 12 ans de tournées et de collaborations. On l’a vu électriser les foules avec Dust Lovers, mais aussi naviguer entre collaborations internationales, performances avec l’orchestre symphonique de Moscou et nuits fiévreuses dans les clubs new-yorkais, où son aura lui a valu le surnom de « Black Zeppelin ».

Aujourd’hui, ce riche parcours trouve un point de convergence via un premier EP attendu le 22 mai 2026. St. Negus ne se contente plus de jouer le fidèle lieutenant : il impose sa vision. Preuve en est avec le titre Shanghai, un nouvel extrait dudit EP, qui s’accompagne d’un clip signé Ismaël El Iraki, réalisateur du film Burning Casablanca (2020), dont l’ouverture vibrait déjà au son de Dust Lovers. Une filiation artistique qui dépasse le simple clin d’œil.

Car entre Mehany et El Iraki, la connexion est autant esthétique que viscérale. Leurs racines – égypto-soudanaises pour l’un, maroco-maliennes pour l’autre – nourrissent un imaginaire commun, mais c’est surtout une mémoire partagée du trauma qui soude leur collaboration. Mehany porte encore la cicatrice des attentats du 13 novembre 2015 qui ont frappé de plein fouet la scène rock. El Iraki, lui, en est un survivant direct, présent lors de l’attaque du Bataclan.

Tourné en novembre 2025 durant le douloureux dixième anniversaire de ces événements, la vidéo de Shanghai agit comme un exutoire, transformant les images traumatiques en quelque chose de vivant. À l’écran, St. Negus incarne un personnage en lutte contre lui-même : il se met en joue, crible son propre reflet de balles, tout en continuant de faire hurler sa guitare. La violence est frontale, mais elle est constamment traversée par une énergie vitale irrépressible, le tout porté par un morceau ultra efficace, quelque part entre Ayron Jones, Lenny Kravitz et Jack White.

Le point culminant – un corps en flammes, capté sans artifices numériques – scelle cette démarche jusqu’au-boutiste. Ici, le rock n’est pas un décor, c’est une force de survie, une manière de tenir debout au cœur du chaos.

Photo : © Francois Capdeville