Avec “Venceremos“, sept ans après leur dernier album studio (“Age of Aquarius“), les Grecs de Villagers of Ioannina City écrivent un nouveau chapitre de leur histoire sans renier ce qui fait leur singularité. Leur space-rock musclé, lesté de riffs heavy psych et traversé de réminiscences progressives, gagne ici autant en puissance qu’en immédiateté. Si certaines formations affiliées au même genre aiment s’égarer dans les volutes psychédéliques, VIC préfère garder les pieds sur le plancher des vaches, quitte à faire décoller celui-ci de quelques mètres.
Lourd (Home, The Ruiner) et remarquablement immersif, l’album élargit considérablement le spectre sonore du groupe. Les influences folk du pays natal des protagonistes, parfois réduites à quelques (très) discrètes touches instrumentales, dialoguent avec des guitares puissantes et des structures en perpétuel mouvement. Rien n’est décoratif : chaque arrangement, chaque respiration participe à un langage devenu suffisamment personnel pour ne plus avoir besoin de mode d’emploi. Entre King Buffalo et REZN, les Hellènes cultivent ainsi un psychédélisme qui préfère l’impact à la brume.
Et puis il y a Venceremos, titre éponyme d’un disque qui sait prendre son temps sans jamais perdre le fil. Changements de dynamique, chant cristallin, tension progressivement accumulée puis libérée : le morceau résume à lui seul cette ambition nouvelle (on peut également lui associer Here and now et ses presque douze minutes de chevauchée épique), cette manière de faire cohabiter puissance brute empruntée à un heavy-metal d’une autre époque et esprit progressif.
Un troisième album judicieusement audacieux et redoutable d’efficacité, où Villagers of Ioannina City transforme ses racines en carburant plutôt qu’en territoire à défendre.

