STONED JESUS – Songs To Moon – (Season Of Mist)

Quinze ans que Stoned Jesus joue les équilibristes entre le stoner, un heavy-rock parfois accompagné d’un psychédélisme latent, quelques vagues réminiscences grunge et un rock – plus ou moins (selon l’humeur) – progressif. Et la formation ukrainienne n’a visiblement pas l’intention de rentrer dans le rang. Deuxième chapitre d’une trilogie au long cours, “Songs To Moon“ débarque moins de onze mois après “Songs To Sun“ et voit le trio changer d’orbite. Igor Sydorenko (chant/guitare) et ses acolytes délaissent les éclaircies pour s’enfoncer dans un heavy-rock crépusculaire, où les riffs massifs se heurtent à une mélancolie tenace.

Premier cratère de cette ode à l’astre de la nuit, Under The Skin donne immédiatement le ton. Sombre et imposant, le morceau installe une tension dont le groupe ne cherchera jamais vraiment à se débarrasser. Plus insidieux, Velvet déroule une ballade accrocheuse aux accents doom et grunge, preuve que les Ukrainiens savent aussi frapper avec justesse sans sortir l’artillerie lourde. Mais c’est avec le mini-opéra progressif Jackal que Stoned Jesus dévoile son penchant pour les constructions théâtrales et les changements de perspective, retrouvant au passage ses ambitions de bâtisseur, quitte à bousculer les repères. Point névralgique de l’album, autrement dit en plein milieu (du disque, mais aussi de la trilogie), Syzgy constitue une autre pièce maîtresse. Premier essai instrumental du groupe, ce titre mélancolique tisse des motifs empruntés aux trois volets de la trilogie. Une manière habile de relier les chapitres sans donner l’impression de tourner en rond.

Plus sombre, plus intérieur que son prédécesseur, “Songs To Moon“ affirme une vision cohérente, ambitieuse et volontiers tourmentée. Reste à savoir jusqu’où Stoned Jesus compte nous entraîner pour le dernier volet après une nuit de pleine lune.