Avec “The Scars“, son deuxième album, Lugosi pousse encore un peu plus loin son goût pour les collisions, entre punk, noise-rock, mathcore et post-hardcore. Ça surgit de partout (mais pas que), ça vrille plutôt sévère, mais jamais gratuitement. Derrière les guitares abrasives et les rythmiques qui prennent les virages sur deux roues, il y a une vraie volonté de faire cohabiter tensions et émotions.
At The Drive-In pour l’urgence, The Dillinger Escape Plan pour les changements de trajectoire, Metz pour les riffs passés à la râpe. Certes, les influences sont lisibles, mais le quintette parisien ne se contente pas de les empiler. Il les malaxe suffisamment pour faire émerger une identité où la nervosité devient presque une forme de langage. Matches met le feu aux poudres d’entrée en moins de deux minutes chrono, Kate Whispers entrouvre une brèche plus mélancolique, tandis que Another Downer et l’énervé and Nothing Hurt replongent dans ce chaos savamment organisé.
“The Scars“ refuse de choisir entre intensité et sensibilité. Claviers discrets, section de cuivres (Everything Ends) et saxophone en roue libre (The Fire) viennent élargir le spectre sonore sans pour autant verser dans la surenchère d’arrangements, encore moins diluer le caractère viscéral du présent disque. Les respirations ne calment rien, elles rendent simplement les points d’impact plus sensibles. Lugosi avance ainsi avec cette façon bien à lui de transformer le désordre en tension, puis la tension en émotion. Un second long format nerveux, dense et suffisamment imprévisible pour avoir envie d’y revenir.

