Trois ans après le splendide “Holocene“, The Ocean revient avec un douzième album qui confirme autant sa capacité à se réinventer que son goût pour les grands espaces. Avec “Solaris“, la formation berlinoise pousse son post-metal nuancé vers une approche plus progressive que jamais, quitte à laisser les compositions respirer sur des durées inhabituelles. Plusieurs morceaux flirtent avec les dix minutes, tandis que Simulacra étire son épopée jusqu’à près de dix-huit minutes. Longues montées, passages acoustiques, piano, cuivres, arrangements orchestraux et électro, Robin Staps et les siens prennent le temps et ne cherchent plus systématiquement à ramener leurs idées à l’essentiel.
Pour autant, The Ocean n’a rien perdu de sa puissance de frappe. Les riffs massifs, les explosions rythmiques et cette science très personnelle de la tension sont toujours de rigueur. Belligerence rappelle ainsi opportunément que le groupe sait encore faire parler la poudre, mais toujours avec cette volonté en fil d’Ariane de bifurquer vers des territoires sonores presque contemplatifs, parfois durant plusieurs minutes. Cette vaste évasion cosmique, imaginée comme la fuite d’un canot de sauvetage céleste quittant une Terre Mère à la dérive, prolonge d’ailleurs au travers des textes – et des « épisodes » du long format – le parallèle avec les grands explorateurs (de Magellan à Amundsen, en passant par Vasco de Gamma, Sir Francis Drake…) partis à la découverte de continents et de territoires inexplorés. Question métaphore, difficile de faire mieux.
Le bouleversement du line-up, après plus d’une décennie de stabilité, donne également une nouvelle couleur à l’ensemble. Enrico Tiberi succède au chant à Loïc Rossetti avec une aisance bluffante, tandis que Lane Shi apporte une touche féminine inédite et enrichit le spectre vocal par une tessiture capable de passer de l’aérien à l’abrasif. Avec trois guitaristes, dont Emmanuel Jessua d’Hypno5e, The Ocean gagne encore en relief, voire en profondeur.
“Solaris“ n’est donc pas une rupture, ses fondations remontant à 2021, autrement dit avant le sérieux renouvellement de personnel. Mais cette nouvelle incarnation a manifestement permis à Staps – fondateur et principal compositeur du collectif allemand – de pousser ces nouveaux titres vers des horizons plus vastes. Une mue ambitieuse, qui ne renie en rien l’ADN de The Ocean, et un sacré grand disque aux allures d’odyssée, ample et parfois vertigineux, à l’arrivée.

