WAILIN STORMS – The Arsonist – (Season Of Mist)

Avec “The Arsonist“, cinquième album et première réalisation pour le label Season Of Mist, Wailin Storms pousse encore un peu plus loin son étrange alchimie entre blues poisseux, post-punk halluciné et rock gothique tout droit sorti du Bayou profond. On pense régulièrement à la fièvre convulsive de Nick Cave & The Bad Seeds, au mysticisme rural de 16 Horsepower ou aux cavalcades décadentes de The Gun Club. Mais point d’empilage de références pour autant. Le quatuor de Caroline du Nord les consume jusqu’à n’en laisser qu’une matière noire, organique, parcourue d’une électricité presque spirituelle. Toutes ces influences précédemment citées ne servent jamais de béquilles, elles irriguent un langage devenu aujourd’hui encore un peu plus singulier.

Enregistré en analogique et produit par Matt Talbot (chanteur et guitariste de Hum), “The Arsonist“ cultive l’imperfection comme une qualité. Chaque saturation, chaque respiration, chaque craquement semble rappeler que cette musique est vivante, charnelle, loin des productions aseptisées. Les compositions avancent comme une procession nocturne dans les méandres suffocants du Mississippi, alternant déflagrations bruitistes et accalmies crépusculaires sans jamais rompre le fil dramatique. Le disque conserve tout du long une rugosité salutaire qui renforce son pouvoir d’évocation. Rien n’y paraît figé ou retouché, tout semble au contraire prêt à s’effondrer sous nos yeux.

“The Arsonist“ est un album de tension permanente, nourri autant par les angoisses contemporaines que par une quête obstinée de rédemption. Un long format sombre et intensément humain (on l’aurait bien imaginé accompagné les images du Sailor & Lula de David Lynch), où chaque morceau alimente un même incendie émotionnel jusqu’à ne laisser qu’un paysage de cendres encore fumantes. Sans doute le disque le plus abouti de Wailin Storms à ce jour.