TRAVO – Wasteland – (Fuzz Club)

Il y a quelque chose de franchement jubilatoire dans la façon dont Travo fait monter le volume. Avec “Wasteland“, leur quatrième album et premier pour l’émérite label Fuzz Club, les Portugais de Braga transforment le heavy-rock psych en machine à broyer les certitudes. Sept morceaux où le rock avance à tombeau ouvert, propulsé par des plans de guitare nettement influencés par l’approche furieuse et échevelée de Slift, et par cette manière que les Australiens de King Gizzard & The Lizard Wizard ont de pousser les décibels jusque dans le rouge.

Mais réduire Travo à ces deux références majeures serait passer à côté de l’essentiel. “Wasteland“ préfère le mouvement perpétuel : accélérations kraut, pulsations psyché, synthés inquiétants noyés dans la saturation, déflagrations métalliques et longues plages plus lentes, presque hypnotiques. Le groupe sait aussi laisser respirer ses compositions avant de remettre la pression, comme si chaque accalmie ne servait qu’à préparer la prochaine explosion.

Derrière cette débauche de puissance, le propos est nettement moins ludique. Anxiété technologique, déconnexion, dystopie, mort, renaissance ou quête d’une spiritualité collective : le quatuor lusitanien regarde son époque droit dans les yeux, sans chercher à lui trouver un mode d’emploi. Inspiré par le poème The Waste Land de T.S. Eliot, l’album cultive ainsi un sentiment de fin du monde sans jamais sombrer dans le désespoir.

Sombre, fiévreux et furieusement vivant, “Wasteland“ confirme surtout que Travo a désormais les épaules pour jouer dans la cour des grands du heavy-rock psych.