FÁTIMA – Primal – (Black Robes Records)

Cinquième album de Fátima, “Primal“ fonctionne comme une zone de friction permanente : le poids du doom, la nervosité du grunge, et cette pulsation quasi psychédélique qui refuse de se laisser enfermer. Sassquatch ouvre les hostilités. Une décharge primitive, râpeuse, qui remue les tripes d’emblée. Les titres suivants prolongent cette dynamique d’usure et de tension. Le trio parisien alterne écrasements lents et montées sous pression, comme s’il cherchait en permanence le point de rupture. Les références à Nirvana en tête de liste (la voix du frontman n’étant pas étrangère à cette comparaison), Soundgarden (Dog Ham) ou encore Alice In Chains (Gazelle Horns) affleurent, mais Fátima ne joue pas au jeu du revival. Ici, le grunge est dégraissé, ramené à l’os, injecté dans une matière dense, rugueuse et terriblement organique.

Outre le fait que le groupe semble toujours avancer à contre-courant des formats attendus, ce qui frappe le plus, c’est la cohérence de l’ensemble. Les lignes de basse rampantes, la batterie qui martèle avec précision, les riffs de guitare tranchants qui s’habillent parfois de discrets motifs arabisants : tout concourt à capter l’énergie réelle du trio, sans filtre inutile. Le morceau éponyme du présent long format cristallise parfaitement cette approche. Long, tendu, évolutif, il joue sur les contrastes, entre saturation massive et silences chargés, comme un animal (celui de la pochette ?) qui rode avant l’attaque.

Avec “Primal“, Fátima réalise un disque frontal, sans posture ni nostalgie. Un album qui parle le langage du riff et de la sueur. Et qui confirme que le trio avance, encore et toujours, hors des sentiers balisés.