JACK AND THE BEARDED FISHERMEN – Naked – (Twenty Something)

Trois ans après le sublime – et fortement recommandé – “Playful Winds“, Jack And The Bearded Fishermen revient, une nouvelle fois, par la grande porte. Fruit de deux décennies passer à jongler entre une approche lourde du rock (ici, point de stoner, mais des accordages a priori plus bas que la moyenne autorisée) et un post-hardcore millésimé années 90 cher à Failure et Quicksand, “Naked“ dévoile un univers patiemment et savamment sculpté, où mélancolie et bouillonnement ne font qu’un. L’amitié indéfectible qui soude le quintette — véritable moteur créatif — semble irriguer chaque titre : on y entend la confiance mutuelle, la vulnérabilité assumée, mais aussi cette rage subtile, presque sournoise, qui ne s’éteint jamais tout à fait.

Les escapades parallèles des cinq pêcheurs barbus (Horskh, Red Gloves, Go Spleen) et les quelques 200 concerts à travers l’Europe ont incontestablement affûté leur jeu. Tout sonne plus ample, avec plus de respirations dans ce dédales de riffs, mais aussi plus incisif. Un bel et judicieux équilibre qui ne peut que forcer le respect. Pour la première fois, le groupe originaire de Besançon s’autorise même une collaboration, avec les excellents Nantais de Watertank, sur Melt Into Oddity, morceau de bravoure où les textures se superposent jusqu’à faire vaciller les repères.

Les dix titres – interludes compris – oscillent entre torsion et apesanteur, entre lourdeur et émotion : des riffs massifs qui s’abattent comme des vagues (quoi de plus logique avec trois guitares), des arpèges cristallins qui flottent au-dessus du tumulte, une rythmique tendue comme un fil prêt à rompre. Une véritable leçon de maîtrise dans le genre. Les deux voix, elles, se répondent, se frôlent et s’enlacent, évitant au disque de sombrer dans une noirceur totale et brute.

Avec “Naked“, Jack And The Bearded Fishermen prouve de manière éclatante qu’un groupe ayant grandi hors des projecteurs peut, par la persévérance et l’exigence, se forger une identité unique et profondément captivante. Assurément l’un des albums de l’année 2025 et la plus belle des façons de fêter dignement 20 ans d’existence.