GIRLS AGAINST BOYS – Cruise Yourself (Remastered) – (Touch and Go Records)

Il y a des disques qui prennent des rides et ceux qui, plus de trente ans après avoir vu le jour, n’ont jamais eu l’intention de rentrer dans le rang. Sorti en 1994 sur le légendaire label Touch and Go Records (The Jesus Lizard, Shellac, Urge Overkill, Blond Redhead, Butthole Surfers…), “Cruise Yourself“ appartient sans discussion à cette seconde catégorie. À l’époque, Girls Against Boys avait déjà compris qu’on pouvait faire danser le post-hardcore sans lui retirer son goût prononcé pour ce mélange abrasif de tensions et de mélodies. Deux basses qui se chevauchent, une guitare qui griffe au détour d’un couplet, une batterie au groove mécanique… GVSB avance dans la nuit, phares éteints.

Tucked-In rampe dans la pénombre, Kill The Sexplayer (véritable tube en puissance qu’on retrouve sur la B.O. de l’excellent film Clerks) balance son implacable riff de basse comme une droite dans la mâchoire, tandis que (I) Don’t Got A Place et Explicitly Yours installent cette tension poisseuse qui a toujours fait le charme du quatuor new-yorkais. Ici, pas de démonstration de force ni de grands discours (les textes du frontman Scott McCloud sont plutôt du genre mystérieux). Girls Against Boys préfère les bars après minuit, les chambres enfumées, les néons qui clignotent et les lendemains dont on ne veut surtout pas connaître la couleur. Une musique qui ne cherche pas la lumière, mais se contente d’être dangereusement cool dans l’obscurité.

Remasterisé par Bob Weston, “Cruise Yourself“ n’a bénéficié d’aucun lifting de circonstance. Tant mieux. Le travail a surtout consisté à remettre de l’air dans le mix, à faire ressortir les basses et à rendre chaque aspérité plus palpable. Rien n’est domestiqué, rien n’est poli. Trente-deux ans après sa sortie, ce disque conserve tout son venin, son groove imparable et cette élégance de mauvais garçon qui refuse obstinément de se démoder.

Certains albums appartiennent à leur époque. “Cruise Yourself“, lui, continue  toujours de traîner dans les rues après la fermeture des bars. Sans doute à la recherche d’un dernier et illusoire Martini à s’enfiler dans le gosier. Du pur bonheur.