EMMA RUTH RUNDLE – These Killing Times – (Errant Child)

Cinq ans après “Engines Of Hell“, Emma Ruth Rundle reprend la parole avec “These Killing Times“, un sixième album que l’intéressée a décidé de publier sur Errant Child, son propre label. Pas question pour l’Américaine de chercher à tout prix l’apaisement total. Sous ses atours folk-rock dépouillés, ce nouveau disque cultive une tension sourde, une inquiétude qui ne demande qu’à remonter à la surface.

Arrangements retenus et chant habité composent un décor intimiste où chaque silence semble peser son poids de douleur (les thèmes abordés parlent de l’érosion des droits des femmes et des personnes LGBTQIA+, de violences systémiques visant les minorités raciales, de catastrophe climatique, de creusement des inégalités, ou encore de résurgence des autoritarismes). Mais les éclairs shoegaze qui ont régulièrement traversé son parcours n’ont pas disparu. Ils ressurgissent par intermittence, dans des déflagrations électriques savamment contrôlées, qui fissurent cette apparente fragilité sans jamais la réduire en miettes.

Tout l’intérêt de l’album réside dans cet équilibre précaire entre sobriété acoustique et déferlements sonores plus marqués, entre confession à fleur de peau et saturation libératrice. On pense parfois à PJ Harvey pour cette façon d’exposer les failles sans chercher à les enjoliver (Enough), forcément à A.A. Williams pour cette voix ô combien enchanteresse, tandis que certaines textures de production convoquent le rock alternatif des années 90 cher à Alanis Morissette (Catherine Wheel).

Loin de jouer la surenchère, Emma Ruth Rundle privilégie ici la nuance, les contrastes et les émotions qui s’installent durablement. Un disque à la beauté sombre, qui prouve définitivement, si besoin était, tout le talent d’une artiste touche-à-tout, poétesse et peintre à ses heures perdues.