GRAVEYARD – Fever – (Nuclear Blast)

Trois ans après le crépusculaire et introspectif “6“, Graveyard remet les pendules à l’heure et les amplis dans le rouge. Avec “Fever“, son septième album, le désormais trio de Göteborg (suite au départ de Jonatan Ramm, guitariste du groupe depuis près de vingt ans, juste avant la mis en ligne du premier single du présent disque) retrouve une verve incendiaire grâce à des guitares enrobées d’une généreuse couche de Fuzz et à une section rythmique d’une solidité à toute épreuve, le tout avec un implacable sens du groove. Ici, même si l’approche est foncièrement vintage dans l’esprit, pas question de faire de la figuration dans un musée du rock à la gloire des seventies. Les Suédois ont beau cultiver l’héritage, ils le font avec une hargne qui ferait passer quelques jeunes loups pour des enfants de chœur.

Cette élégance crasseuse et musclée quand il le faut, cette mélancolie à fleur de peau et cette relecture canaille du blues qui faisaient de “Hisingen Blues“ un classique du genre sont toujours au rendez-vous, mais passent cette fois à la moulinette d’un heavy-rock volontiers frontal. Entre riffs bien charpentés, envolées psychédéliques et respirations plus ombrageuses (le magnifique Dead Note en guise de conclusion qui avoisine les sept minutes), Graveyard privilégie l’intensité avant tout. Point de démonstration stérile ou d’arrangements rutilants, ce n’est pas le genre de la maison. La production rugueuse renforce encore un peu plus cette impression de groupe jouant à l’instinct, les tripes à l’air et la sueur au front.

Certes, les Scandinaves ne réinventent pas la formule, mais ils en ravivent sacrément la flamme. Et de se dire que “Fever“ porte bien son nom : un album brûlant, viscéral et salutaire, qui rappelle que le rock’n’roll, lorsqu’il est joué avec suffisamment d’âme et de conviction, n’a décidément pas besoin de se payer un lifting pour cacher son grand âge.