Il y a chez Clegane une manière d’aborder sans emphase le mal-être, avec une économie de moyens qui rend chaque coup de riff plus lourd encore. Quatre ans et demi après “White Of The Eye“, le trio parisien replonge dans ses obsessions – dépression, addictions, violence et errements intérieurs – pour un troisième album où le doom demeure l’ossature, mais où le grunge prend davantage ses aises.
“Ocean Of Black Thoughts“ avance à pas lents, la basse plantée dans le sol, les guitares saturées plus que de raison et la batterie privilégiant l’impact à la gesticulation. La voix écorchée du chanteur/bassiste ajoute une tension permanente, parfois proche, dans ses intonations, du “Bleach“ de Nirvana passé au ralenti, tandis que l’ombre de Fátima (groupe français avec qui Clegane a logiquement partagé un split en 2023) plane également sur cette alliance peu aimable entre lourdeur et mélancolie. Ici, même si la musique reste minimale et plutôt instinctive d’une certaine manière, le spectre sonore s’est élargi et les nuances vocales renforcent un disque plus grunge, sans jamais alléger son atmosphère.
Six morceaux, quarante-deux minutes et des poussières, et surtout une sensation d’étouffement qui ne disparaît jamais vraiment. Clegane ne cherche pas la lumière et préfère creuser encore et encore pour mieux s’enfoncer. Lentement, méthodiquement, jusqu’à ce que le malaise et la noirceur deviennent le seul paysage possible.

