SLIFT – Fantasia – (Sub Pop)

Après avoir propulsé “Ilion“ dans les hautes sphères du heavy-rock psyché interstellaire, Slift aurait pu continuer à dériver dans le vide sidéral, porté par ses riffs en apesanteur et ses visions cosmiques. Mais les Toulousains ont préféré changer quelque peu de cap. Avec “Fantasia“, ils quittent les nébuleuses pour revenir sur Terre, ou plutôt dans une cité fantasmée où se mêlent peur de l’autre, manipulation et désir d’émancipation. Un concept-album dense et ambitieux qui troque les longues dérives instrumentales pour une écriture plus resserrée et directe.

Dès le morceau éponyme en ouverture, on reconnaît de suite la signature sonore de Slift : riffs monumentaux, basse vrombissante, batterie en roue libre et cette voix écorchée de Jean Fossat (guitare/chant/synthés) qui semble hurler depuis le cœur d’une tempête magnétique. Mais là où “Ummon“ et “Ilion“ privilégiaient souvent l’ivresse de la jam cosmique, “Fantasia“ concentre un peu plus son énergie. Huit titres, à peine moins de quarante-neuf minutes, et pas une seconde de trop.

Les excellents Corrupted Sky, The Village ou A Storm Of Wings démontrent à quel point le groupe a gagné en efficacité sans perdre son souffle épique. Les influences heavy-rock tendance psyché, krautrock musclé et rock progressif demeurent intactes, mais elles sont ici canalisées dans des compositions plus nerveuses et percutantes. À l’inverse, Waiting Man révèle une vulnérabilité rarement aussi palpable dans la discographie du trio, offrant un subtil contrepoint émotionnel essentiel à l’ensemble.

Produit par le groupe lui-même, puis mixé par Kurt Ballou, le présent disque bénéficie d’un son massif et précis à la fois. Chaque instrument trouve sa place dans ce maelström psychédélique où la colère contemporaine côtoie une forme d’espoir obstiné.

Plus compact, d’une certaine manière plus engagé et peut-être un brin plus accessible que ses prédécesseurs (même si le chant demande un petit temps d’adaptation), “Fantasia“ n’abandonne jamais l’ambition qui fait la force de Slift, bien au contraire. En apprenant à la canaliser, le trio réalise probablement l’album le plus abouti de sa carrière. Une nouvelle preuve que la scène heavy-psych européenne tient là l’un de ses groupes majeurs. Mais ça, c’est loin d’être une nouveauté.