À l’image des Thugs en leur temps, Slift a franchi un cap symbolique en rejoignant les rangs du mythique label Sub Pop. Une comparaison avec la bande aux frères Sourice qui s’arrête toutefois rapidement là, hormis ce lien familial qui unit Jean Fossat (chant, guitare, synthés) à son frangin Rémi, bassiste du trio toulousain. Car depuis sa formation en 2016, Slift suit une trajectoire bien à lui, façonnant un univers où se télescopent psychédélisme cosmique, rock progressif et lourdeur métallique avec une audace toujours plus affirmée.
Déjà impressionnant sur “Ummon“ en 2020, le groupe revient avec un troisième album qui dépasse encore les attentes. Plus dense, plus intense, plus vertigineux aussi, “Ilion“ ne cherche pourtant jamais l’esbroufe ni la démonstration gratuite. Son ambition se mesure ailleurs, dans sa capacité à repousser les frontières stylistiques, à intégrer avec naturel à son socle d’origine de nouveaux éléments – plus ou moins présents – empruntés au post-rock et au post-metal, et à bâtir une œuvre monumentale dont chaque détail semble avoir été pensé avec une précision d’orfèvre.
Monolithique par ses dimensions comme par sa portée artistique, “Ilion“ impressionne autant par la qualité de ses compositions que par sa maîtrise des dynamiques, de la tension et des atmosphères. La production, ample et immersive, sublime un ensemble déjà colossal. Mais ne vous attendez pas à pénétrer cet édifice sonore sans effort. Avec sept morceaux sur huit flirtant avec les dix minutes, l’album exige du temps, de l’attention et plusieurs explorations. Il faut en parcourir les galeries, en découvrir les passages cachés, en apprivoiser les reliefs pour en saisir toute la grandeur.
Une fois cette étape franchie, “Ilion“ révèle toute sa magnificence, celle d’une véritable cathédrale sonore, fascinante, écrasante et profondément habitée. Une œuvre majeure qui s’impose d’ores et déjà comme l’un des sommets de 2024.

