SCOTT MCCLOUD – Make It To Forever – (God Unknown)

À la fin des années 1980, Scott McCloud fait partie de ces soldats de l’ombre sans lesquels la scène de Washington D.C. n’aurait jamais eu le même visage. Guitariste de Soulside, il évolue dans l’épicentre post-hardcore qui gravite autour du légendaire label Dischord Records. Une fois l’explosion passée, une question se pose : comment continuer après l’incendie ? La réponse s’appelle Girls Against Boys, d’abord pensé comme un simple projet studio du côté de New York, qui deviendra l’un des groupes les plus à part dans sa catégorie (comprenez celle d’un post-hardcore noisy aux entournures) des années 1990, entre tension urbaine et sensualité sombre.

Premier album solo d’un musicien au CV plus que bien rempli, “Make It To Forever“ est un long format à l’opposé de toute tentation démonstrative : acoustique, épuré et dominé par des arrangements discrets d’une justesse imparable. McCloud n’en est pas à son coup d’essai. Avec Paramount Styles, il avait déjà rangé les amplis pour explorer un indie-rock plus introspectif. Mais ici, il va plus loin encore. “Make It To Forever“ sonne comme un disque mis à nu, direct et émotionnellement frontal.

Si l’artiste a aujourd’hui élu domicile à Vienne, en Autriche, c’est à Athènes que l’album a été mis en boîte, une ville chargée de souvenirs pour McCloud (Girls Against Boys y avait joué lors d’un concert plein de magie il y a de nombreuses années). Enregistrer dans la capitale grecque avait donné l’impression à notre homme « d’être un étranger, un voyageur temporel. » Cette fameuse impression de flottement irrigue tout l’album, comme une errance assumée. Les morceaux défilent au ralenti comme des souvenirs tirés d’un journal intime, avec pour fil conducteur le flow et la voix inimitable de Scott McCloud, le tout servi par une orchestration d’une grande finesse, quelque part entre Paramount Styles, New Wet Kojak – autre projet de l’intéressé (pour l’apport du saxo) – et le versant acoustique de Buffalo Tom (Abandoned In Flames, Somewhereness).

Avec “Make It To Forever“, Scott McCloud réalise un premier album solo d’une honnêteté désarmante. Un disque qui ne cherche ni l’effet ni la pose, et qui, sans forcer, se positionne définitivement hors du temps.