Premier long format de Random Hearts, formation née des entrailles de la riche scène bisontine, “Love PTSD“ ne revendique rien d’autre qu’une sincérité frontale. Autour de Jean-Philippe Putaud (chant/guitare) et Rémi Grosbois (batterie/chant), épaulés par deux Jack And The Bearded Fishermen, Thomas Paris (basse) et Hervé Bailly (guitare/chant), le quatuor assemble des fragments de vécu, des cicatrices mal refermées, et en tire dix morceaux tendus comme des nerfs à vif. Pas de posture, pas de nostalgie béate : juste la nécessité de composer, de jouer, d’exorciser.
Le propos aborde l’amour et ses séquelles, mais évite soigneusement le pathos. Ici, on parle d’usure, de silences, de départs répétés. Le titre éponyme agit comme un constat lucide : certaines histoires laissent des traces persistantes, des réflexes de défense, des angles morts. Random Hearts ne romantise rien, il observe et dissèque, avec une tension permanente qui irrigue tout l’album.
Musicalement, le groupe pioche du côté du post-hardcore des années 90, convoquant les ombres de Quicksand (At The Frame Shop) et Rival Schools, sans pour autant tomber dans la citation stérile. Les guitares s’entrelacent, tantôt tranchantes, tantôt plus aériennes, pendant que la section rythmique maintient une pression constante. On pense aussi à certaines échappées emo, mais débarrassées de toute excentricité capillaire (comprenez sans les mèches cachant savamment les yeux), que n’auraient pas renié Pilot To Gunner ou Samiam. Les morceaux avancent avec cette urgence contenue qui rappelle que la mélodie peut être une arme autant qu’un refuge. Preuve en est avec Crosswalk, qui ouvre le bal et résume bien l’esthétique sonore du groupe, capable de concilier impact et nuance.
Enregistré et mixé au Plan A Studio par le désormais incontournable – et talentueux – Christophe Hogommat (Basic Partner, Great Panic Roger, Wizard Must Die, Moonback Stage…), “Love PTSD“ évite le piège du son trop propre. Ça respire, ça transpire. Ce premier album ressemble à ce qu’il est : la photographie d’un groupe qui a déjà vécu, déjà chuté, et qui choisit d’en faire matière à création. Plus qu’une carte de visite, c’est un point d’ancrage. Random Hearts ne prétend pas guérir les plaies, il apprend à composer avec. Et c’est précisément ce qui rend ce disque sacrément attachant, pour ne pas dire indispensable.

