Après une paire de EP instrumentaux d’excellente facture (et une version live du second), Matador confirme avec “Above, Below and So“ qu’il faudra désormais compter sur lui dans la sphère post-metal/doom. Le trio canadien, aujourd’hui basé à Brighton, ne se contente pas d’empiler les riffs massifs, il les façonne, les étire et les propulse dans des paysages aussi cosmiques qu’écrasants. Petite précision pour cette nouvelle réalisation, et pas des moindres, le guitariste du groupe a décidé de tenir également le rôle de chanteur. Bien lui en a pris. Son timbre de voix, entre chant clair et passages growlés, apporte une profondeur supplémentaire à l’ensemble, injectant une dose d’émotion brute dans l’épaisseur des guitares. Six titres (on n’est plus proche du format album que de celui du EP question minutage) denses, ambitieux, et surtout terriblement habités.
D’entrée, The House Always Wins plante le décor. Riff gorgé de Fuzz, groove pachydermique et montée en pression savamment dosée : Matador maîtrise l’art de la combustion lente. On pense parfois à un croisement improbable entre la puissance de Mastodon (ou des Écossais de Dvne) et les atmosphères abyssales de Tool. Glitter Skin enfonce le clou avec des riffs plus incisifs et une tension permanente. Les trois compères jouent habilement sur les contrastes, alternent phases hypnotiques et déflagrations contrôlées, sans jamais perdre le fil. Chaque transition est pensée, chaque accélération trouve son point d’impact. Du grand art dans le genre.
Plus loin, l’imposant A Virus – plus de dix minutes au compteur – démontre que Matador sait gérer les formats longs. Les passages atmosphériques flirtent avec le post-rock, voire le doom, avant de replonger dans la lourdeur implacable d’un post-metal sludgy. Mais pas de remplissage gratuit pour autant : ici, tout est question de dynamique et de construction.
Là où certains disques se perdent dans des longueurs inutiles où dans des mélanges de styles mal digérés, “Above, Below and So“ trouve son équilibre entre puissance brute et ambition narrative. Un album massif mais nuancé, qui prouve avec force le talent d’un groupe capable d’allier écrasement sonore et véritable vision artistique. Définitivement une des grosses sensations en la matière de ce début d’année 2026.

