KOMODOR – Time & Space – (Riptide Records)

Avec « Time & Space », les Bretons de Komodor remettent une pièce dans le jukebox en se fendant d’un rock qui sent bon l’huile de moteur, la bière tiède et les amplis vintage chauffés à blanc. Deuxième album pour le quintette de Douarnenez, et confirmation que le Finistère abrite des formations capables de faire revivre l’esprit des seventies avec une bonne dose de groove et l’envie de jouer fort.

Dès Hard To Deal, Komodor démarre pied au plancher. Riffs enlevés façon moulinets à la Pete Towshend, chœurs larges comme l’horizon de la baie et rythmique qui cogne sec. Le morceau file tel une bagnole issue d’une autre époque lancée sur une route côtière battue par le vent. Avouons-le sans ambages, les influences sont là, totalement assumées. On pense autant à MC5 qu’au glam-rock de T. Rex ou de Free. Mais les cinq musiciens ne cherchent pas absolument la reconstitution historique, même si la production colle parfaitement à l’époque musicale qu’ils défendent avec passion : ils absorbent, secouent, et recrachent le tout dans un classic-rock incandescent et nerveux.

Le disque balance entre brûlots taillés pour la scène et virées plus psychédéliques. Ça envoie des refrains fédérateurs et des guitares décapantes avec une facilité déconcertante (Soul Tricker, Bliss & Joy, le fanfaronnant Top Of The Bock en guise de conclusion), alors que Once Upon A Time étire sa mélodie sous une lumière plus tamisée que n’aurait pas renié le jeune David Robert Jones. Et puis comment ne pas citer Raise Your Hands, véritable hymne en puissance, où le rock redevient ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, à savoir une célébration collective. Mais derrière les vestes à franges et les santiags, Komodor garde les pieds sur terre, bretonne, cela va de soi. Burning Land évoque les incendies des monts d’Arrée durant l’été 2022, un titre qui rappelle que ce groupe n’est pas qu’un trip rétro et sait aussi regarder le monde qui l’entoure.

Onze titres, moins de trente-neuf minutes, et pas une seconde de trop. “Time & Space“ fonce droit devant, insolent et vibrant. Comme si les années 70 n’étaient pas un musée, mais simplement une station-service où Komodor viendrait refaire le plein avant de repartir pour une nouvelle virée dans la nuit armoricaine.