Avec “Forever Beyond“, son cinquième album, Black Lung continue de creuser son sillon dans la grande autoroute du heavy-rock psychédélique contemporain. Mais plutôt que d’appuyer simplement sur l’accélérateur, ou plutôt sur la pédale de Fuzz (comme c’était le cas pour l’excellent “Dark Waves“ paru en 2022), le groupe de Baltimore préfère installer une atmosphère lente et enveloppante. Un disque ramassé de sept titres qui se vit comme un road trip nocturne et brumeux, le genre de trajet où l’horizon se dilate à mesure que les amplis chauffent.
Depuis ses débuts, Black Lung s’est distingué par une manière très compacte d’aborder la conception de ses riffs. Sur “Forever Beyond“, cette approche gagne en précision : guitares larges comme des paysages désertiques, lignes mélodiques qui s’enroulent lentement autour d’un groove épais mais toujours mobile. Dès l’ouverture avec Traveler, le quatuor façonne un climat à la fois introspectif et expansif. La voix de Dave Cavalier flotte au-dessus des guitares comme un narrateur à la dérive, transformant l’angoisse intime en moteur émotionnel, une tension sourde qui traverse tout l’album.
La suite confirme cette maîtrise de l’espace et du rythme. Death & Co. et Savior avancent sur des rails heavy-rock psychédélique baignés de lumière sombre, tandis que Follow joue sur une dramaturgie plus marquée, contractant les couplets avant de laisser les refrains s’ouvrir comme une trouée dans le ciel. Ici, la dynamique est reine : un riff s’installe, respire, puis repart. Pas d’esbroufe technique, mais un sens aiguisé des ondulations qui donne au disque la sensation d’un mouvement continu.
En filigrane, les textes capturent l’atmosphère d’une Amérique traversée par les tensions politiques et les désillusions sociales. Pourtant, Black Lung ne s’embarrasse pas de slogans, préférant la transe au manifeste, la Fuzz aux discours. Un voyage cosmique, certes moins immédiat que le précédent il y a quatre ans, mais avec le moteur du heavy-rock qui ronronne toujours sous le capot.

